Notre vie est constituée d’un ensemble de significations et de valeurs. Nous attribuons un sens aux choses, et c’est ce sens qui leur donne de la valeur à nos yeux. Puis, nous commençons à avoir peur de perdre ces choses, créant ainsi en nous de la peur et de la souffrance. Que se passerait-il si nous retirions le sens que nous attribuons aux choses ?
Elles perdraient alors leur valeur. Imaginez un monde dans lequel rien ni personne n’aurait plus aucune importance pour vous. C’est précisément ce à quoi nous invitent de nombreux textes sacrés : abandonner les attachements, se libérer de toutes les valeurs, à l’exception de la foi en Dieu. Car seul ce sens ultime a une véritable importance ; tout le reste n’est qu’une illusion.
Et voici que vous commencez à retirer toutes les valeurs de votre vie. Le processus est douloureux, mais vous avez un objectif : tout abandonner afin que plus rien ne puisse troubler votre cœur. Peu à peu, vous vous retrouvez seul, car même vos amis et votre famille cessent d’avoir une valeur à vos yeux. Vous ne désirez plus rien, vous n’avez plus besoin d’aller quelque part. Vous entretenez simplement votre corps : vous le nourrissez, vous le faites marcher, vous prenez soin de lui… mais ce ne sont pour la plupart que des actions mécaniques.
Et alors, vous entrez dans le vide et vous vous retrouvez seul face à vos propres pensées. C’est là que l’obscurité apparaît. Vos pensées ne vous causent pas seulement une souffrance intérieure, car en l’absence de toutes vos anciennes valeurs, votre cœur commence à ressentir un manque d’amour ; mais, étant seul face à vous-même, tout ce qui existe dans votre esprit commence à vous déchirer.
Car votre esprit contient une immense quantité d’informations, conscientes et inconscientes. Finalement, vous ne supportez plus cette souffrance, vous abandonnez cette voie et vous revenez à vos anciennes habitudes, en créant de nouvelles valeurs et de nouveaux sens.
N’existe-t-il donc aucune sortie de ce cercle ?
C’est précisément là que le yoga apporte une méthode permettant, par la maîtrise de l’énergie, de transformer notre rapport aux significations et aux valeurs, sans provoquer une souffrance excessive. Votre aspiration est noble, mais il est impossible d’atteindre rapidement le détachement total de la vie et de ses significations. Ce processus se fait progressivement.
Tout d’abord, vous cessez de faire ce qui est profondément nuisible, puis ce qui l’est moins, et ainsi de suite. Pendant ce temps, vous développez votre force intérieure afin de pouvoir faire face aux douleurs qui peuvent apparaître par moments. Vous luttez contre vos peurs — ou plutôt, vous cessez de leur donner de l’importance : vous les observez simplement, en pleine conscience. Certaines disparaissent, mais pas toutes.
Ainsi, il ne faut pas retirer immédiatement toutes les significations et toutes les valeurs de votre vie. Gardez quelque chose : la famille, les amis, les promenades dans la nature, le repos au bord de la mer, et d’autres choses encore. Mais cela doit rester suffisant pour ne pas tomber dans la dépression. En même temps, il ne faut pas devenir attaché à ces éléments, car ils ne sont qu’un soutien sur le chemin de la transformation, et non le but ultime de l’existence.
Mais au-delà du yoga existe également une philosophie de vie. Pour ne pas devenir dépendant des valeurs que nous créons, tout en préservant notre équilibre psychologique, il faut apprendre à ne plus être dans une quête permanente de désir, mais simplement à accepter le monde tel qu’il est.
Les circonstances de la vie qui nous entourent ne devraient pas avoir le pouvoir de nous contrôler ni de troubler notre paix intérieure. Bien sûr, elles continueront parfois à créer de l’inconfort, car la vie est une alternance constante entre la lumière et l’ombre. Mais il est possible de ne pas leur accorder une importance excessive.
S’il y a des difficultés, elles existent. S’il n’y en a pas, c’est une bonne chose.
Bien entendu, cela ne signifie pas que nous devons rester passifs face à la souffrance. Nous ne devons pas simplement accepter une douleur dentaire sans consulter un médecin, ni supporter une relation toxique avec d’autres personnes. Nous devons faire tout ce qui dépend de nous pour améliorer ces situations : aller chez le médecin, mettre fin aux relations négatives, chercher des solutions.
Mais si, malgré tous nos efforts, même après avoir consulté un médecin, la douleur ne disparaît pas, alors peut-être devons-nous apprendre à l’accepter. Si nous ne parvenons pas à nous éloigner de certaines personnes négatives, alors là encore, l’acceptation devient nécessaire.
Il ne s’agit pas d’abandonner ni de renoncer. Mais si nous consacrons trop d’énergie et trop de pensées à vouloir absolument changer une situation, nous devenons dépendants d’elle. Le véritable chemin se trouve dans l’équilibre : ni le désespoir, ni la peur, mais une acceptation consciente accompagnée d’une action juste.

